Le projet de loi antitabac espagnol, qui étendrait les restrictions sur le tabagisme aux terrasses des bars et restaurants et interdirait potentiellement les cigarettes électroniques à usage unique, a suscité une forte opposition de la part du secteur de l'hôtellerie et a soulevé des inquiétudes dans de nombreuses régions touristiques clés.
La polémique s'est intensifiée après que la Commission nationale espagnole des marchés et de la concurrence (CNMC) a examiné le projet de loi et exhorté le gouvernement à envisager des alternatives moins restrictives avant d'interdire totalement les cigarettes électroniques jetables. La CNMC a averti que plusieurs mesures allaient au-delà de la réglementation européenne actuelle, qui est encore en cours de révision, et a recommandé d'harmoniser la réglementation nationale avec le droit de l'UE afin d'éviter des coûts inutiles pour les entreprises.
Bien que le projet de loi vise à étendre les restrictions existantes sur le tabac aux nouveaux produits tels que les cigarettes électroniques – concernant leur vente, leur publicité, leur parrainage et leur utilisation –, la CNMC a souligné que les interdictions pures et simples ne devraient être instaurées que si elles sont clairement justifiées. Elle a également appelé à une refonte des règles relatives à la publicité et aux prix afin de garantir une concurrence loyale et le respect des principes d'une bonne réglementation.
L'association espagnole de l'hôtellerie-restauration, Hostelería de España, a qualifié l'interdiction de fumer en terrasse proposée de « disproportionnée » et inefficace. L'organisation soutient que cette mesure pourrait contraindre les fumeurs à se réfugier dans des espaces privés clos, augmentant ainsi l'exposition au tabagisme passif, et engendrer des comportements anarchiques liés au tabagisme à proximité des terrasses, causant des problèmes environnementaux et de voisinage.
Les représentants du secteur ont également mis en garde contre un impact négatif sur le tourisme et l'image internationale de l'Espagne. Ils soulignent que l'Espagne deviendrait une exception en Europe, seule la Suède appliquant une interdiction totale similaire, tandis que des pays comme la France ont délibérément exclu les terrasses afin de protéger le tourisme et l'hôtellerie-restauration.
Avec plus de 94 millions de touristes attendus en Espagne en 2024, le secteur craint la confusion parmi les visiteurs et une pression accrue sur le personnel hôtelier, qui serait chargé de faire respecter les règles.
L'opinion publique semble partagée mais prudente. Les sondages montrent que la plupart des Espagnols privilégient les campagnes d'information et de sensibilisation aux interdictions pures et simples, et beaucoup estiment que l'interdiction de fumer en terrasse n'est pas une priorité.
Hostelería de España a appelé le gouvernement à rouvrir le dialogue et à réévaluer la mesure, soulignant que les terrasses sont essentielles à la vie sociale, à l'économie et à la compétitivité touristique de l'Espagne.












