Il y avait mille raisons de condamner le régime de Nicolás Maduro.
Autoritaire, oligarchique et brutal, ce régime a écrasé toute dissidence, appauvri des millions de personnes et contraint toute une génération de Vénézuéliens à l'exil. Le pouvoir de Maduro ne mérite aucune défense morale.
Mais il existe une raison primordiale de s'opposer au changement de régime que les États-Unis ont imposé au Venezuela :
La souveraineté des États n'est jamais négociable.
Pas pour le Venezuela.
Pas pour aucun pays.
En aucun cas.
La souveraineté n'est ni une récompense pour bonne conduite, ni un privilège accordé par les nations puissantes. Elle est inviolable et sacrée, indépendamment de la taille, de la richesse, de l'idéologie ou de l'utilité géopolitique d'un État.
Dès l'instant où nous acceptons que la souveraineté puisse être suspendue parce qu'un gouvernement est corrompu, autoritaire ou gênant, nous rouvrons une porte que l'humanité a passé des siècles à tenter de fermer. Aujourd'hui, c'est le Venezuela. Demain, ce sera un autre. Et finalement, ce sera nous.
Renoncer à ce principe aujourd’hui, c’est accepter la logique de la domination : le pouvoir décide de la légitimité, la force remplace le consentement et les nations existent à la discrétion de ceux qui sont assez forts pour les gérer.
Cette voie ne mène pas à la stabilité.
Cela conduit à la servitude.
Le XXIe siècle est déjà marqué par de profonds bouleversements géopolitiques : des guerres sans fin, des alliances sans confiance et des crises qui se propagent plus vite que la diplomatie ne peut les contenir. Normaliser un changement de régime imposé de l’extérieur dans ce contexte est non seulement irresponsable, mais constitue une invitation directe au chaos.
Pour que la démocratie ait un sens, l'avenir du Venezuela doit appartenir exclusivement au peuple vénézuélien. Le pouvoir doit lui être rendu – librement, souverainement, sans tutelle ni contrainte – afin qu'il puisse décider du type de nation qu'il souhaite devenir.
Or, nous sommes confrontés à quelque chose de bien plus alarmant.
Un président des États-Unis qui parle ouvertement non seulement de « diriger » le Venezuela, mais qui nourrit aussi avec désinvolture des visions grandioses de domination s'étendant au Canada et au Groenland — des territoires alliés dont il parle comme s'il s'agissait d'atouts et non de nations.
Ce n'est pas du leadership.
C'est l'imagination impériale.
Et cela devrait terrifier tous ceux qui croient encore en un ordre international fondé sur des règles.
On peut s'opposer à Maduro sans pour autant approuver la conquête.
On peut condamner la tyrannie sans légitimer la prise de pouvoir.
Car dès lors que la souveraineté devient conditionnelle, la liberté devient temporaire — et le silence d'aujourd'hui se transforme en soumission demain.
Image fournie par X / Anciennement Twitter











