Accueil Choix de l'éditeur Les personnes âgées ne baissent pas les bras — elles lâchent prise

Les personnes âgées ne baissent pas les bras — elles lâchent prise

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Lorsque les personnes âgées cessent de se teindre les cheveux, refusent d'organiser les fêtes de famille ou se couchent tôt sans s'excuser, on y voit souvent, à tort, un signe de déclin. En réalité, il peut s'agir de quelque chose de bien plus positif : la libération discrète de décennies de jeu social.
Lorsque les personnes âgées cessent de se teindre les cheveux, refusent d'organiser les fêtes de famille ou se couchent tôt sans s'excuser, on y voit souvent, à tort, un signe de déclin. En réalité, il peut s'agir de quelque chose de bien plus positif : la libération discrète de décennies de jeu social.

Lorsque les personnes âgées cessent de se teindre les cheveux, refusent d'organiser les fêtes de famille ou se couchent tôt sans s'excuser, on y voit souvent, à tort, un signe de déclin. En réalité, il peut s'agir de quelque chose de bien plus positif : la libération discrète de décennies de jeu social.

Pendant une grande partie de leur vie adulte, les individus sont censés se présenter d'une manière conforme aux exigences du travail, de la famille, du mariage, de l'éducation des enfants et des conventions sociales. On se teint les cheveux, on organise des repas, on participe à des réunions et on fait abstraction de la fatigue, car la vie semble l'exiger. Ces comportements ne sont pas nécessairement mensongers, mais ils sont souvent davantage dictés par les attentes que par le désir.

Avec l'âge, cette pression peut commencer à s'atténuer. La femme qui cesse d'aller chez le coiffeur toutes les quatre semaines ne se néglige peut-être pas. Elle souhaite peut-être simplement voir à quoi ressemblent ses cheveux au naturel. Le parent qui ne souhaite plus organiser Noël n'aime peut-être pas moins sa famille pour autant. Il est peut-être lassé des courses, de la cuisine, du ménage et de la gestion des émotions que requièrent les grandes réunions de famille. La personne qui se couche à 20h45 n'est pas asociale. Elle écoute peut-être enfin son corps.

Avec l'âge, on prend souvent davantage conscience de ce qui compte vraiment. Le temps paraît plus précieux, et l'énergie autrefois consacrée aux apparences peut être réorientée vers le repos, la santé, les loisirs, les petits-enfants, les amitiés ou la tranquillité. Ce qui peut sembler un repli sur soi aux yeux des autres peut être ressenti, intérieurement, comme un soulagement.

Les familles ont souvent du mal à accepter ce changement car elles sont attachées aux rôles que leurs aînés ont tenus pendant des décennies. Une mère toujours accueillante, veillant tard et paraissant inchangée d'année en année offrait un réconfort familier. Lorsqu'elle cesse d'être là, les proches peuvent y voir un mauvais présage. Mais parfois, ce qu'ils pleurent vraiment, c'est la perte d'une version d'elle-même qui facilitait la vie de tous.

C'est particulièrement vrai pour les femmes plus âgées, qui ont souvent assumé la charge invisible de la vie familiale : planifier, cuisiner, se souvenir des choses, apaiser les tensions et rendre les occasions spéciales. Se décharger de ces responsabilités n'est pas égoïste. C'est peut-être même plus que nécessaire.

Bien sûr, tout changement n'est pas forcément libérateur. Certains aînés cessent certaines activités pour des raisons de santé, financières ou liées à la prise en charge d'un proche. D'autres continuent de se teindre les cheveux ou de recevoir parce qu'ils y prennent un réel plaisir. L'important n'est pas de dire qu'un choix est meilleur qu'un autre, mais qu'à un âge avancé, le choix doit appartenir à la personne qui le fait.

Bien vieillir ne signifie pas forcément faire semblant d'être jeune. Parfois, cela implique d'être plus honnête : avec son corps, avec le temps qui passe, avec le miroir, et avec ceux qui ont pris l'habitude d'en demander trop.